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Le pétrole artificiel représente-t-il l’avenir ?

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La recherche d’une alternative au pétrole n’est pas récente. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’Allemagne, a dû produire de l’essence synthétique, n’ayant que très peu de pétrole sur ses territoires. Plus récemment, la tendance était au bioéthanol. Un terme qui regroupe plusieurs types de biocarburants produits à partir d’huile végétale, de sucre, d’amidon ou encore de cellulose. Mais son utilisation reste encore très minoritaire, elle était estimée à 3,1% de la consommation mondiale de carburant en 2011. C’est cette année là qu’une équipe de chercheurs français et espagnols ont découvert le “Blue Petroleum”. Un projet de pétrole artificiel qui a été considéré par beaucoup de personnes comme les prémices d’une révolution énergétique. 

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L’âge du pétrole touche à sa fin

Le pétrole a accompagné le développement de notre société industrielle. Aujourd’hui encore, c’est une part très importante de nos besoins énergétiques. En 2014, il représentait ainsi 31,3% de l’énergie primaire consommée sur la planète devant le charbon et le gaz naturel. 

Mais, c’est aussi un polluant de premier plan. Son utilisation émet de larges quantités de gaz à effets de serre. Par ailleurs, les déversements de pétrole ou les marées noires sont des phénomènes récurrents. Un aspect tellement préoccupant que certains chercheurs développent des produits pour empêcher que la contamination soit trop importante en cas de déversement !

Tout aussi préoccupant, on sait que les réserves de pétrole sur Terre ne sont pas extensibles. Le développement des pays émergents augmente la demande et nous rapproche chaque jour un peu plus vite de l’échéance fatidique. Les variations du prix du baril influent aussi de manière très importante sur le reste de l’économie.

Blue Petroleum, un pétrole artificiel viable ?

A défaut de vouloir changer nos modes de vie et de consommation, ce que bien peu de personnes sont prêtes à faire, il devient donc urgent de trouver des alternatives. Le “Blue Petroleum”, développé par une équipe de chercheurs français et espagnols, est l’une des alternatives qui attire le plus l’attention.

L’idée est de recycler nos rejets de CO2 grâce à la culture en usine de micro-algues. Celles-ci ont besoin pour se développer de la lumière de la photosynthèse et de gaz carbonique. Le résultat donne alors une pâte organique qui devient du « Pétrole Artificiel » en la mettant sous haute pression et haute température. Cette solution permet d’obtenir en 48h un pétrole équivalent à ce que la nature produit en plusieurs dizaines de millions d’années.

La société BSF, qui revendique sur son site produire le premier pétrole écologique, détaille le concept : “Il utilise des éléments comme l’énergie solaire (comme source principale d’énergie), la photosynthèse et les champs électromagnétiques associés aux propriétés organiques du phytoplancton (micro-algues marines) pour convertir le CO2 issu des émissions industrielles, en une biomasse puis en un pétrole artificiel similaire au pétrole fossile, sans soufre et sans métaux lourds”. 

Visuellement, l’usine d’Alicante, ressemble à une grande forêt de tubes. L’entreprise estime qu’à l’heure actuelle, que pour  chaque baril produit, on utilise 2.168 kg de CO2, dont 938 kg sont neutralisés et ne retourneront donc pas dans l’atmosphère. Ce recyclage de notre pollution présente des avantages évidents mais pour autant, certains points posent problème.

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Les limites du pétrole artificiel

En effet, si 5 ans après son annonce en fanfare, cette solution n’a pas encore été adoptée massivement, c’est bien parce qu’elle se trouve toujours confrontée à plusieurs limites.

Tout d’abord, ce pétrole artificiel reste dépendant de l’énergie fossile. Ce qui fait sa force est aussi sa faiblesse à long terme. Difficile donc de le considérer comme une alternative 100% autonome. S’il présente un intérêt évident alors que nous utilisons beaucoup de gaz, charbon et pétrole, qu’en sera-t-il une fois la transition énergétique achevée ? Le “Blue Petroleum” représente plus une alternative de transition qu’une véritable révolution énergétique.

Le second problème est le même reproche que l’on a longtemps fait à l’énergie solaire. Cette technologie est liée à la photosynthèse et c’est pour cela que le projet a vu le jour à Alicante en Espagne. Sans un taux d’ensoleillement suffisant, une usine de ce type ne serait pas rentable. Par exemple, on ne pourrait jamais en créer une dans le nord de la France, selon l’entreprise.

Troisième aspect, la consommation en eau. La production d’un baril (159 litres) de pétrole bleu implique l’utilisation de 16 à 20 litres d’eau. Un point qui arrive en contradiction complète avec l’aspect d’ensoleillement. Il serait par exemple impossible de faire ce type d’usine dans le désert là ou le taux d’ensoleillement est le plus élevé.

Enfin, d’un point de vue quantitatif, le défi est énorme. L’usine d’Alicante vise une taille de 40 hectares pour une production de 220.000 barils par an. Rien que pour la France, cela signifie qu’il faudrait plus de 3000 usines pour répondre à nos besoins.

La tendance électrique

Plus que tout, il convient de s’interroger si les véhicules fonctionnant sur le pétrole et ses différentes variantes ont encore un avenir. D’un point de vue de l’industrie automobile, ce n’est pas forcément une conviction profonde. La majorité des véhicules présentés au CES 2017 qui vient de s’achever à Las Vegas fonctionnaient ainsi à l’énergie électrique. Reste à savoir s’il s’agit pour eux d’une véritable conviction ou d’un choix qui s’adapte aux envies des consommateurs. Selon une enquête réalisée en septembre dernier, 35% des Français sont prêts à passer à la voiture électrique. Un chiffre en hausse de 7% par rapport à 2014 ! Si l’autonomie reste encore un véritable problème alors que les infrastructures ne sont pas prêtes, les voitures électriques représentent sans aucun doute l’avenir.

Alors, le pétrole artificiel réussira-t-il à convaincre et à s’imposer comme une alternative intéressante aux voitures électriques ? Pour cela, il faudra régler ses différents problèmes, atteindre des coûts raisonnables mais aussi réussir à convaincre les constructeurs et les consommateurs. Bref, un véritable chantier alors que le temps presse. La banque HSBC estime ainsi qu’il n’y aura probablement plus de pétrole exploitable sur Terre d’ici 2060 même si la consommation n’augmente pas. 

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