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Le virtuel est d’or

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Texte d’Éric Dosquet, Chief innovation officer groupe Accenture et co-auteur de 24 heures d’innovations

Les premières pièces de monnaie, l’électrum et le darique, firent leur apparition six cents ans avant notre ère entre la Lydie (une région aujourd’hui à l’Est de la Turquie et sur laquelle régna Crésus) et la Perse de Darius. Privilège des rois et produite à l’ombre des temples, la monnaie se définit, par le philosophe Aristote, sous trois fonctions : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges.

Avant même les marchands, ce furent donc les rois qui émirent de la monnaie, unité dont la valeur correspondait à son poids en or, en argent ou en bronze. Ces monnaies étaient fondues à côté des temples où les mêmes marchands prêtaient de la monnaie à des débiteurs s’engageant devant les dieux à en restituer la somme plus les intérêts. C’est ainsi que les premières pièces de l’Empire romain furent éditées au temple de Junon Monéta, à Rome en 269 avant notre ère.

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Vers la fin des pièces sonnantes et trébuchantes

De nos jours, le système ne repose plus sur une contrepartie de valeur en métal, mais sur la confiance. Depuis la fin de l’étalon-or, c’est la certitude que le billet sera accepté à sa valeur faciale qui en fait sa valeur. Et c’est une autre évolution qui s’offre à nous : une société de transactions dématérialisée, sans métal, sans papier, une société du « cashless ». C’est l’intention affichée de la Suède, monarchie européenne hors de la zone euro, qui se veut être la première nation débarrassée des pièces et des billets.

Ainsi, les bus et les métros de la capitale Stockholm ne prennent plus pièces et billets depuis plusieurs années. Légalement, les commerçants sont encore tenus d’accepter le cash, mais dans les faits, il ne représente plus que 20% des transactions dans leur commerce au profit de cartes et maintenant des smartphones. La banque centrale relève même que seuls 2% des transactions globales se font en espèces. Elle estime même que ce chiffre se réduira à 0,5% d’ici 2020. C’est donc ce petit pays européen qui semble définir ce que sera l’avenir des transactions. La Chine, elle, deuxième économie et première population mondiale prend également ce chemin.

Ainsi, dans l’empire du Milieu, plusieurs commerçants refusent déjà le cash. Leader du paiement via mobile, 75% des mobinautes chinois (contre 30% aux USA et 20% en Allemagne) ont déjà payé une transaction via leur smartphone sur les 500 millions de bornes compatibles, le tout pour un montant de 14 000 milliards de dollars en 2017 ! Les consommateurs chinois ont sauté l’étape des chèques et des cartes pour passer directement du cash au mobile. Plus de 90% de ces transactions se font dans le canal oligopolistique constitué par Wechat pay et Alipay, deux plateformes derrière lesquelles se cachent quelques-uns des équivalents locaux des GAFAM, Tencent et Alibaba.

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Renforcer la sécurité avant d’étendre le modèle

La France a déjà connu, voilà quelques années, des initiatives de ce type. Qui se souvient de Moneo, la carte qui vous évitait de sortir les pièces jaunes à la boulangerie ? Mais le mouvement est irrémédiable. En Europe, depuis 2002, ce sont plus de 22 milliards de billets Euros qui ont été mis en circulation dont la production, la manipulation et la mise au pilon coûtent à la collectivité. C’est ainsi que la tendance s’oriente bel et bien vers une réduction de cette « friction » par la digitalisation des transactions.

Cependant, la réglementation européenne impose une limite de 50€ (30 en France) pour tout paiement sans contact. Des authentifications dites « fortes » doivent permettre de garantir la conformité d’un paiement plus important. Aujourd’hui, c’est un code à quatre chiffres que vous demande le distributeur de billets ou le terminal de paiement de votre commerçant, voire un code à six chiffres envoyés par 3D Secure. Demain matin, ce seront des solutions biométriques qui permettront de vous identifier sur ces mêmes terminaux.

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Les traits du visage ou de l’œil, l’harmonique unique de la voix ou le pattern des battements du cœur sont des solutions plus ou moins répandues, mais aucune n’offre une solution parfaite. Onéreuse, piratable ou trop aléatoire l’innovation reste encore à parfaire. Parmi les derniers brevets déposés par Apple et Samsung figurent des dispositifs d’identification par biométrie sur la main ou au poignet. Unique, la forme des veines peut se mesurer depuis une montre modifiée ou un bracelet. Elle présente également l’avantage d’être cachée à l’intérieur du corps et, par nature, très difficilement piratable. C’est sur cette base que les paiements au-delà du plafond réglementaire pourraient s’opérer dans les prochaines années. Déjà, la reconnaissance faciale s’est installée comme un facteur d’identification forte.

C’est ainsi que l’innovation impacte significativement une des plus vieilles inventions de l’humanité : la monnaie. Bien après sa contrepartie métal, c’est la monnaie scripturale qui disparaît. Demain, votre smartphone sera (aussi) votre porte-monnaie dont votre corps sera le mot de passe. Dans les temps modernes, et en dehors de tout chaos monétaire, ce n’est plus l’or qui régit les échanges, mais le virtuel, en d’autres mots, l’air du temps

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