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Retina Implant : vivre sans être plongé dans le noir

Close-up of blue eye

Dans un précédent article, nous parlions du premier oeil bionique implanté au Royaume-Uni, sur un homme de 80 ans, atteint de Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge. Dans le but de venir en aide aux personnes souffrant de rétinite pigmentaire, la société allemande Retina Implant, a conçu l’implant Alpha IMS.

La micropuce de 3x3mm3, composée d’une grille de 1500 électrodes simule la fonction des photorécepteurs, neurones sensoriels sensibles à la lumière, à l’intérieur de l’oeil. Grâce à cela, il est possible de reconstituer une image en noir et blanc. À la différence de l’Argus II, ce dispositif ne requiert pas le port de lunettes équipées d’une caméra à l’avant, un émetteur radio et une unité de traitement sous forme de boîtier à porter sur soi. Le système de Retina Implant comporte l’implant sous-rétinien et un câble fin relié à un petit appareil dissimulé sous un pli de peau situé derrière l’oreille. Les impulsions captées par l’implant sont transmises à une puce placée à l’intérieur du crâne du patient. Celle-ci va traduire les informations qu’elle reçoit de manière à les changer en signaux facilement interprétables par le cerveau.

« Grâce au dispositif, il est possible de lire des lettres larges, attraper des objets, des outils, reconnaître différentes personnes et même de voir les voitures s’approchant la nuit« , explique le Docteur Wrobel, PDG de la société Retina Implant, située en Allemagne. « La personne implantée dispose d’un boîtier externe pour lui permettre de régler le contraste et la luminosité« , poursuit-il. Fondée en 2003 après des années de recherches, Retina Implant avait pour but de concevoir le premier implant rétinien électronique capable d’aider les personnes aveugles et malvoyantes. C’est en 2005 que le premier patient bénéficiant de cette technologie a été implanté, et en 2013 qu’elle a obtenue le marquage CE. Les résultats cliniques d’Alpha IMS, en terme de vision et de sécurité, ont été présentés pour la première fois en 2014, à l’occasion du congrès annuel de la Société européenne des spécialistes de la rétine (EURETINA), qui s’est tenu à Londres.

Des résultats plus qu’encourageants

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L’implant sous-rétinien a été implanté sur 29 participants aveugles souffrant de dégénérescence rétinienne externe, relate la revue internationale Vision Research. Les principaux critères d’efficacité du protocole de cette étude étaient une amélioration significative des activités de la vie quotidienne. Les critères secondaires, quant à eux, étaient une amélioration significative de l’acuité visuelle, la perception de la lumière et/ou la reconnaissance d’objets. Durant les 12 mois d’observation, 21 participants, soit 72%, ont atteint les principaux critères d’évaluation et 13 d’entre eux ont remarqué la restauration de la fonction visuelle dont ils se servent dans la vie quotidienne. Il a été remarqué que la détection, la localisation et l‘identification des objets étaient nettement meilleurs avec l’Implant allumé dans des trois premiers mois. « À l’heure actuelle, 49 patients ont été implantés, dont certains ont eu des bénéfices« , déclare le Dr Wrobel.

« Notre implant vise uniquement les individus atteints de rétinite pigmentaire« , précise le PDG de Retina Implant. La rétinite pigmentaire se manifeste en général dès l’adolescence, mais peut également survenir dès l’enfance. Elle se traduit par une dégénérescence progressive de la rétine due à une perte des photorécepteurs à bâtonnets et à cônes, amenant à une cécité nocturne, ainsi qu’à une atteinte progressive du champ visuel.  Les cellules photoréceptrices sont directement sensibles à la lumière, et la convertissent en impulsions nerveuses traitées par la rétine avant d’être dirigées vers le cerveau par des fibres nerveuses. Les photorécepteurs à bâtonnets permettent la détection des mouvements, ainsi que la vision nocturne. Les cônes, quant à eux, assurent la vision de jour. Leur altération conduit donc à une perte irréversible de la vision.

L’appel de SOS Rétinite France

« Je suis née avec cette pathologie« , explique Monique Roux, présidente et fondatrice de l’association SOS Rétinite France. « À l’époque, on pensait que j’étais un cas unique. C’est à 34 ans que j’ai appris que j’avais la rétinite pigmentaire. On sous-estime souvent l’importance de la vue, alors qu’elle est essentielle… Lorsqu’on est incapable de voir, c’est dramatique, déplore la présidente, essayez de placer un bandeau sur vos yeux ne serait-ce qu’une après-midi… » Le 30 septembre 1986, SOS rétinite voit le jour, et permet de générer en 1989 à Montpellier un centre européen de recherche pluridisciplinaire en ophtalmologie, le Centre Européen d’Information et de Recherche sur les Dégénérescences Rétiniennes (C.E.I.R.D.R.). « Il est totalement inacceptable de laisser une personne devenir aveugle !« , fustige Monique Roux, qui depuis 30 ans se démène pour faire avancer les choses en France. Le dispositif proposé par Retina Implant représente un espoir de taille pour les individus souffrant de ce handicap lourd, touchant près de 40 000 personnes en France.

RetinaImplant Microchip

C’est en Allemagne, à l’heure actuelle nettement plus en avance sur ce genre de technologie, que Monique Roux rencontre le docteur Wrobel, avec qui elle travaille activement afin d’être en mesure de pouvoir former des chirurgiens à la pose de l’implant, et proposer le dispositif Alpha IMS en France. L’association SOS Rétinite France lance en ce moment un appel afin de récolter des dons pour permettre la pose du premier implant sur un patient français.

A propos de Elisa P